Avez-vous cette fausse conception de la Bible ?

Nous avons vu que la Bible ne peut pas être simplement un livre défini par une communauté. Elle déclare être la Parole de Dieu et son autorité ne peut pas dépendre d’une autre institution, d’un autre groupe, pour être définie.

En tant que protestants, nous rejetons ainsi justement le modèle de l’Église catholique par exemple. Mais l’homme réagit souvent mal à une erreur, et notre monde évangélique a créé une autre manière de savoir quels sont les livres inspirés par Dieu qui n’est pas adéquate.

Nous allons continuer notre résumé du livre Canon Revisited de Michaël J. Kruger pour comprendre quel est ce modèle, quelles sont ses limites. Ensuite, nous pourrons aborder un modèle plus complet qui nous permettra de défendre de manière plus adéquate la liste de livres qui composent notre Bible.

Le modèle évangélique courant

Comment pouvons-nous connaître l’ensemble des livres du Nouveau Testament ? Comment êtes-vous sûrs que l’Évangile de Marc en fait bien partie ? Pourquoi ne rajoutez-vous pas l’Évangile selon Philippe ?

Comment répondez-vous à cette question ? Je parie que vous répondriez quelque chose comme cela : Je peux en être sûr parce qu’une étude historique des livres qui composent le Nouveau Testament me montre que ces livres ont été écrits par des apôtres ou des gens qui leur sont proches. De plus, nous pouvons nous rendre compte que chacun de ces livres participe au même message que les autres et n’en contredit aucun. Enfin, nous pouvons montrer que ces livres étaient considérés comme inspirés depuis le début de l’ère de l’Église. L’Évangile de Marc satisfait ces critères, pas l’Évangile de Philippe qui a été écrit bien après le temps des apôtres, contredit leur enseignement et n’a jamais été accepté par l’Église.

Ce modèle a une certaine force, il a d’ailleurs été employé par des hommes qui ont fait beaucoup pour l’Évangile et l’enseignement de la Parole comme John Warwick Montgomery, B.B. Warfield, A.A. Hodge. Il se retrouve partout autour de nous.

La force de ce modèle

Nous pouvons louer ce modèle parce qu’il prend en compte le rôle historique des apôtres. Contrairement aux modèles qui déclarent que c’est la communauté chrétienne qui établit la liste des livres qui font partie de notre Bible, ce modèle admet qu’il y a une certaine qualité à ces livres qui dépend des livres eux-mêmes. Un livre doit avoir certaines qualités pour pouvoir faire partie de la Bible. Aucune communauté ne peut définir quels sont les livres à intégrer à la Bible.

Mais malgré cela, ce modèle oublie des éléments importants. A cause de ces lacunes, il nous rend incapables de défendre réellement les livres qui font partie de la Bible.

Les limites du modèle

Pour comprendre les limites de ce modèle, il nous faut réfléchir à ce qu’est une preuve.

Imaginons-nous dans un tribunal. Imaginons que je sois accusé d’un crime et que je prétende être ailleurs au moment du crime. Ma femme déclare d’ailleurs que j’étais avec elle à 10 km de là. Si je n’ai pas d’autres témoins, peu de gens vont faire confiance à ma femme : elle est proche de moi et n’est peut-être pas impartiale. Peu de gens vont me croire. Imaginons maintenant qu’une autre personne qui ne me connaissait pas déclare aussi qu’elle m’a vu. J’ai alors plus de chance d’être cru. D’ailleurs, plus cette personne va être considérée comme digne de confiance, plus je vais avoir confiance.

Une preuve est un élément extérieur à qui nous faisons plus confiance qu’à ce qui est évalué. La police croira plus mes cheveux sur les lieux d’un crime qui lui disent que j’y étais que moi qui prétend ne pas connaître le lieu.

Quelles sont les implications de ce que nous venons de dire ?

Nos investigations historiques sur un livre ont plus de poids que le livre lui-même. L’autorité n’est plus dans le livre des Actes mais dans notre étude historique du livre des Actes. Un élément extérieur à la Bible lui donne son autorité.

Ironiquement, nous nous retrouvons avec le même problème que lorsque nous laissons la communauté choisir le canon. Michael J. Kruger nous fait même cette remarque :

Tout ceci, à la fin, soumet le canon à l’autorité d’un standard extérieur à lui-même – que ce soit l’Église Catholique Romaine, une recherche historique autonome ou quelque chose d’autre. Ironiquement, le modèle catholique est dans une position légèrement meilleure parce qu’au moins elle fait reposer le canon sur une révélation divine (au travers de l’infaillible pape et de l’Église), alors que le modèle qui s’appuie sur une vérification historique fait reposer le canon sur une évaluation humaine « neutre » des données historiques. Canon Revisited, p.80

Michael Kruger soulève même un autre point : le choix des critères historiques pour déterminer l’appartenance au canon est quelque chose de purement subjectif. Selon notre manière de comprendre ce qu’étaient les apôtres et leur message, nous pouvons arriver à un canon totalement différent. Ainsi certains, estimant que le message de Jésus étaient un message d’amour, rejettent les passages ou les livres de la Bible qui ne correspondent pas à leur définition de l’amour. Les partisans des « nouvelles perspectives sur Paul » vont de leur côté rejeter certaines épîtres selon leur compréhension du message de Paul. Nous en arrivons, dans le pire des cas, à ce que chacun se détermine un « canon dans le canon », une liste de livres qu’il considère réellement inspirés et qui dépend de sa conception subjective de ce que Dieu peut dire.

De plus, nous pouvons noter un autre problème dans ce modèle. Il souffre d’un problème récurrent chez l’espèce humaine. J’aimerais vous l’illustrer par quelque chose qui n’a rien à voir mais qui nous montre de façon éclatante notre problème. Une de mes sœurs s’était faite offrir une plante. Elle n’a pas la main verte et a commencé à oublier la plante… Celle-ci a commencé à se dessécher. Ma sœur a réagi en arrosant abondamment, très abondamment, très très abondamment la plante… qui a fini par moisir…

Devant un problème, nous avons tendance à sur-réagir. Si je ne mets pas assez d’eau, je corrige en mettant trop d’eau plutôt qu’en mettant juste la bonne quantité d’eau. En théologie nous faisons la même chose. En combattant le rôle trop fort que l’Église Catholique Romaine met sur l’Église dans la détermination du canon, nous avons complètement détruit ce rôle. Sous prétexte que le modèle catholique mettait trop d’emphase sur l’Église, nous l’avons fait disparaître de l’équation.

Ainsi, parce que ce modèle ne prend plus en compte le rôle de l’Église, qu’il court le risque de devenir subjectif et parce qu’il soumet le canon à une autorité extérieure, le modèle qui s’appuie sur des critères d’historicité pour déterminer la liste des livres de la Bible doit être corrigé.

En route vers un meilleur modèle

Ce qui est mauvais dans cette manière de voir n’est pas le fait qu’elle utilise l’histoire. Au contraire, c’est une bonne chose. Le problème est d’en faire un absolu et de diminuer d’autres aspects de ce qui nous permet de déterminer le canon.

Ces modèles nous laissent souvent avec un canon qui est tellement conditionné par les investigations historiques que sa dignité même et son autorité dépendent inévitablement de ces investigations. Le canon cesse d’être une norme qui guide notre investigation historique, mais devient simplement le produit de notre investigation historique. Canon Revisited, p. 87, emphase de l’auteur.

Les constats que nous venons de faire vont nous permettre maintenant d’établir un meilleur modèle, un modèle plus biblique, un modèle qui prend en compte à leur juste valeur le rôle de l’Église, des apôtres, de l’histoire et du texte que nous possédons.