Chrétien, tu peux même voter pour Marine Le Pen

Si j’étais un homme politique qui voudrait l’approbation de la foule, le sujet de cet article serait l’équivalent d’un suicide politique : il est des choses dont on ne peut parler, des opinions que l’on ne peut pas avoir. Ce qui se passe depuis les résultats du premier tour le montre bien : nous n’avons pas le droit même de penser que Marine Le Pen est une option.

Mais je suis un pasteur et ce n’est pas l’opinion publique qui m’importe, mais l’opinion de Dieu. A cause de cela, le respect de la conscience de chacun compte plus pour moi que ce qu’il est politiquement correct de dire ou pas.

Or Dieu ne s’est prononcé ni pour un candidat ni pour un autre, et il ne s’est même pas prononcé contre un candidat ni contre un autre. De la même manière qu’il nous laisse libre de voter ou pas, il nous laisse libre aussi de voter pour qui nous le voulons.

Si vous êtes convaincu que vous devez voter, si vous pensez qu’il convient de voter pour Marine Le Pen, soit parce qu’elle est la meilleure candidate, ou parce que vous pensez qu’elle est la moins mauvaise, Dieu vous laisse libre de le faire comme il vous laisse libre de voter pour Emmanuel Macron si vous pensez qu’il conviendrait mieux comme président.

Il me semble qu’il y a trois facteurs qui peuvent faire qu’un chrétien aie peur de voter pour elle et que ces trois facteurs sont utilisés, même dans l’Église, pour dire qu’un chrétien ne devrait pas voter pour elle :
– elle serait une menace pour notre avenir
– elle serait raciste
– elle serait une menace pour les valeurs de la république française.

Mon but n’est pas de dire si ces affirmations sont vraies ou pas. Je ne veux pas donner une consigne de vote ou la consigne de ne pas voter : je n’ai pas autorité pour faire cela. Faites ce qui vous semble le mieux devant Dieu.

J’aimerais cependant mettre ces trois affirmations en perspective. Il me semble que nous ne nous rendons pas compte que :
– Dieu est en contrôle et que, quelque soit le président, il n’a aucun pouvoir pour aller au-delà de ce que Dieu veut.
– il y a un racisme que l’on oublie, et que si nous y pensons, nous nous rendrons compte que Marine Le Pen n’est pas la seule raciste, que les gouvernements précédents l’étaient aussi et que rien n’a été fait par Emmanuel Macron pour montrer qu’il ne l’était pas.
– les valeurs de la république française ne sont pas toujours les valeurs de Dieu.

Je me rends compte que mes deux derniers points peuvent renverser ce que vous pensez ou croyez, particulièrement mon affirmation que les gouvernements français précédents ont aussi montré du racisme.

Voici donc une explication plus détaillée de ce que je veux dire.

Dédramatisons le résultat du vote : Dieu est en contrôle.

Nous croyons souvent le mensonge que veulent nous faire croire les politiciens : une voix peut tout changer pour le pire et le meilleur. Nous aurions le destin de notre pays dans notre main au moment où nous votons… ou ne votons pas.

Ceci nous plaît, cela nous donne de l’importance, mais n’est pas vrai. Supposons même que notre vote soit statistiquement significatif. Cela veut-il dire que le résultat des élections détermine l’avenir de notre pays ?

Bien sûr que non : aucun politicien n’a le pouvoir de faire absolument ce qu’il veut. Oublions même qu’être président, en France, c’est avoir un rôle moins déterminant que le premier ministre et qu’il est peu probable que Marine Le Pen puisse avoir une majorité parlementaire. Supposons le cas où elle est élue et où le parti du Front National obtient une majorité. Même dans ce cas, Marine Le Pen n’est pas toute puissante : Dieu seul l’est et il reste en contrôle.

Rien ne peut se produire sans que cela ne soit la volonté de Dieu : pas même un oiseau ou un cheveu de notre tête ne tombe en dehors de la volonté de Dieu (Mt 5.36 ; 10.29-30).

Si Dieu veut que quelque chose arrive, il utilisera aussi bien Marine Le Pen qu’Emmanuel Macron pour le faire. Il n’est pas limité par les hommes ou les femmes que nous élisons. Il agit au travers d’eux quelqu’il soit. En effet, le livre des Proverbes nous dit :

Le coeur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; Il l’incline partout où il veut. (Pro 21.1)

De quoi a-ton peur si Marine le Pen passe ? En général, nous entendons deux idées ressortir :
– elle serait incompétente et accélérerait le déclin de la France.
– elle serait méchante et installerait un régime Nazi.

Rien de tout cela ne peut arriver si Dieu ne le veut pas et si l’une de ces choses arrive, c’est que dans sa sagesse, que nous ne comprenons pas toujours, Dieu l’aura décidé ainsi.

Mais surtout, ces accusations ne peuvent pas être seulement lancées, elles doivent être prouvées. Accepter ces accusations telles quelles sans les étudier revient à accepter de la médisance. Les média, ou ses adversaires politiques, nous lancent ces accusations sans les prouver réellement. En tant que chrétiens nous ne pouvons pas, nous n’avons pas le droit, de les accepter telles quelles, nous devons les étudier avant de les accepter.

Si nous pensons qu’au moins une de ces accusations est vraie et que nous voyons quelqu’un qui pense le contraire, nous pouvons discuter intelligemment ensemble, essayer de nous convaincre. Mais nous n’avons pas besoin d’avoir peur que Marine Le Pen passe car nous savons qui contrôle la destinée de la France et notre destinée. Ce n’est ni le peuple au travers du vote, ni le président au travers de son mandat, C’est Dieu par sa toute-puissance.

Il contrôle tout pour qu’il se produise ce qu’il veut, il contrôle tout, du vote aux décisions des élus.

Le coeur de l’homme médite sa voie, Mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas. (Pro 16.9)

Une autre idée qui ressort souvent est qu’elle serait, pour reprendre les mots d’un candidat qui n’a pas passé le premier tour, un « ennemi de la république. » Cela nous amène à nous poser une question importante.

Qu’est-il le plus important ? Les valeurs de la république ou les valeurs du royaume de Dieu ?

Bien entendu aucun de nous, s’il est chrétien, ne pense consciemment que les valeurs de la république sont meilleures que les valeurs du royaume de Dieu.

Ainsi, pour nous, être ennemi des valeurs de la république n’est pas le plus important. Certaines valeurs de la république sont en adéquation avec celles du royaume de Dieu, certaines autres ne le sont pas.

Nous ne devons pas nous poser la question : « Les valeurs de ce candidat sont-elles en harmonie avec les valeurs de la république ? » mais celle-ci : « Les valeurs de ce candidat sont-elles en harmonie avec les valeurs du Royaume de Dieu ? »

Aucun des candidats n’est en parfaite harmonie avec ce que Dieu demande. Ainsi, si cela devrait être une raison de ne pas voter pour Marine Le Pen, cela serait aussi une raison pour ne pas voter pour Emmanuel Macron, ou tout autre candidat de toute autre élection.

Si nous pensons qu’il faille voter, nous devons donc évaluer l’ensemble de tous les candidats dans tout ce qu’ils disent et choisir, du mieux que nous le pouvons, celui qui va le plus refléter les valeurs du royaume de Dieu.

Là encore, il est possible que quelqu’un évalue, à la lumière de la Bible, les valeurs des candidats et la situation de notre pays et qu’après cette évaluation, il considère que les valeurs de Marine Le Pen sont celles qui se rapprochent le plus des valeurs de Dieu dans les domaines les plus importants pour exercer le rôle de président. Un autre pourra être convaincu du contraire et les deux doivent voter selon ce qu’ils comprennent de la situation et ce que leur dit leur conscience.

Le rôle de l’Église n’est pas de reprendre l’un ou l’autre et, au sein de l’Église, l’un et l’autre doivent pouvoir dialoguer en toute intelligence.

Puisque nous parlons des valeurs, il est souvent dit que le Front National manque d’une valeur importante. Il serait caractérisé par le racisme. Lorsque j’entends cela, il me semble que nous oublions que nos gouvernements successifs ont souvent eu des actes de racisme que nous ne dénonçons pas.

Le racisme dont nous ne parlons jamais

Imaginons que vous vous fassiez agresser par un Belge (ou un Français, si vous êtes Belge). Imaginons aussi qu’à partir de ce moment, vous décidiez de payer des hommes pour tuer tous les belges ou une partie de la population belge en représailles. Ne serait-ce pas du racisme ? Pourquoi faire payer des hommes qui ne vous ont rien fait parce qu’ils ont la même nationalité que celui qui vous a fait du mal ?

Mais qu’y a-t-il de différent avec la manière dont les dirigeants français réagissent aux différents attentats ? Parce qu’un musulman d’une certaine région a commandité un attentat, nos dirigeants bombardent cette région. Qui est touché ? Le coupable ? Non, des civils qui n’ont rien demandé, rien fait et qui étaient déjà sous l’oppression du régime que nous prétendons combattre.

Expliquez-moi comment cela pourrait être un acte de racisme si cela était commis par vous ou moi, mais que tout d’un coup c’est un acte patriotique si c’est fait par le gouvernement français.

Pourquoi appelerait-on, avec horreur, un meurtre un acte que vous et moi commettrions et pourquoi regardons-nous ce même acte avec de l’indifférence en l’appelant « dommage collatéral » lorsque cela est fait par un gouvernement ?

La majorité de nos guerres sont des actes racistes ou des actions motivées par le profit. Pourtant, peu d’Églises le dénoncent ou demandent de s’abstenir de voter pour les responsables. Il me semble qu’il y a ici deux poids, deux mesures.

Marine Le Pen est peut-être raciste. Je n’en sais absolument rien : on me déclare cela depuis des années sans me démontrer que cela est vrai et je n’ai pas vraiment pris la peine de vérifier de mon côté.

Mais ce que je sais, c’est que j’ai vu le racisme des autres gouvernements, j’en ai eu la démonstration depuis plusieurs années par les conflits auxquels la France participe.

Je ne sais pas non plus si Emmanuel Macron va utiliser son pouvoir pour tenter d’arrêter ces guerres, je ne sais donc pas s’il empêchera le racisme de l’état français.

Ce que je sais donc, c’est que si le racisme était une raison valable pour ne pas voter pour un candidat, alors je ne vois aucun candidat qui me montre, par ses positions sur les différents conflits où la France est impliquée, qu’il n’est pas raciste. Je ne saurais donc pas quoi voter.

Personnellement, il me semble possible que quelqu’un arrive en bonne conscience devant Dieu à une de ces conclusions :
– Marine Le Pen n’est pas raciste.
– Elle est effectivement raciste, mais cela n’est qu’un critère parmi d’autres, l’ensemble des autres critères fait qu’il est quand même préférable de voter pour elle.

Cette personne ne devrait avoir aucune honte de voter pour Marine Le Pen et ce n’est certainement pas le rôle de l’Église de culpabiliser quelqu’un qui aurait ces convictions.

Si vous avez du mal à imaginer une situation où nous pourrions préférer voter pour quelqu’un qui aurait des tendances racistes, en voici une. Imaginons par exemple que nous ayons un candidat qui a prouvé par le passé que :

  • il veut arrêter toutes les guerres injustes de la France
  • il veut stopper l’avortement.

Nous savons que ces valeurs sont chrétiennes, importantes et peuvent sauver des centaines de milliers de vie par an. Supposons que nous savons aussi que cette même personne est très franco-française et préfère limiter le nombre d’étrangers présents en France tout en tolérant bon gré mal gré ceux qui sont déjà là. Même si nous sommes gênés par ce trait de caractère, nous pouvons préférer ce candidat au candidat qui aurait tout le bon discours concernant les étrangers mais qui soutient toutes les guerres où est engagée la France et veut permettre l’avortement même au 8ème mois de la grossesse.

Conclusion :

Chrétiens qui voulez voter pour Emmanuel Macron, allez-y mais ne méprisez pas ceux qui sont en désaccord avec vous.
Chrétiens qui voulez voter pour Marine le Pen, allez-y, et ne vous préoccupez pas de ce que les autres pensent, mais de ce que Dieu pense.
Chrétiens qui ne voulez pas voter, n’y allez pas.

Mais, dans tous les cas, faites-le en toute liberté, en toute confiance : même si vous vous trompiez, même si les autres ont raison, le monde n’en finit pas de tourner : Dieu est toujours en contrôle.

Le coeur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; Il l’incline partout où il veut. (Pro 21.1)