Le plus grand problème du christianisme biblique ? (indice : ce n’est pas le problème du mal)

Pourquoi déclarons-nous que la Bible est un livre inspiré par Dieu et pas un autre ? Pourquoi n’intégrons-nous pas l’évangile selon Philippe ou l’épître de Barnabas dans le Nouveau Testament ? Pourquoi rejetons-nous certains livres que les catholiques acceptent ? Pourquoi ne considérons-nous pas que le Coran est parole de Dieu ? Sur quelles bases rejetons-nous les prophéties de Joseph Smith ?

Nous n’honorons pas notre Dieu si nous répondons simplement : « Nous acceptons ces livres par la foi. » Nous n’aidons pas nos amis si nous leur faisons penser que l’intelligence, la réflexion n’a rien à voir avec la foi.

Beaucoup d’athées prétendent que même si Dieu avait inspiré certains livres, nous n’avons aucun moyen de les connaître. D’après eux, nous ne pouvons pas justifier qu’un livre est plus sacré qu’un autre. Nous ne rendons pas service à notre foi si nous laissons propager ce mensonge sans rien dire.

C’est pour cela que le livre Canon Revisited est si important. Ne vous laissez pas arrêter par le titre en anglais : pour une fois, je ne vais pas simplement présenter le livre, mais le résumer afin que vous puissiez en profiter. Le livre se concentre sur le Nouveau Testament, mais tout ce qu’il nous enseigne pourra être adapté à l’Ancien Testament.

A terme, les 8 chapitres du livre seront résumés, mais aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur le premier chapitre.

Pourquoi ne savons-nous pas défendre notre liste de livres inspirés ?

Souvent, nous ne savons pas défendre notre foi parce que nous la comprenons mal. Êtes-vous capable d’expliquer ce qu’est un livre inspiré ? Êtes-vous capable de donner en quelques grandes lignes comment il peut être reconnu ?

Imaginons cette discussion avec un ami catholique engagé dans sa foi :

– Vous les protestants, vous avez enlevé de votre Bible des livres inspirés de Dieu, par exemple les livres des Macchabées.

– Nous ne les avons pas enlevés : ces livres ne sont pas inspirés, il n’y a aucune raison de les mettre dans la Bible.

– Prouve-moi qu’ils ne sont pas inspirés ! Tu n’es pas logique. L’Église catholique existait bien avant les Églises protestantes. Vous acceptez le jugement de l’Église catholique pour 66 livres. Pour ces 66 livres, tu dis que l’Église catholique a exercé un bon jugement et qu’elle a raison. C’est toi qui dois défendre pourquoi tu te fies à son jugement pour plus de 95% des livres mais que tu rejettes une faible minorité des livres qu’elles a choisis.

Votre ami soulève un point intéressant, que lui répondez-vous ? Êtes-vous capable de voir instantanément le problème dans ce qu’il affirme ? Êtes-vous juste sans voix ?

Derrière les questions que posent votre ami, il y une mauvaise compréhension de la manière dont les livres inspirés sont reconnus, un mauvais modèle de compréhension de ce qu’est la Bible et de comment elle a été transmise par Dieu.

Pour pouvoir défendre votre foi efficacement, il vous faut comprendre à la fois ce que croit votre ami au sujet de la manière dont les livres bibliques sont reconnus et comment ils sont réellement reconnus. Le but du premier chapitre de Canon Revisited est d’étudier la manière dont le catholicisme et d’autres mouvements expliquent la formation du canon biblique, c’est-à-dire de l’ensemble des livres qui constituent la Bible. Ces mouvements sont tous différents les uns des autres, mais ont un point commun : ils pensent que c’est la communauté chrétienne qui détermine les livres inspirés.

Un premier modèle pour déterminer les livres du Nouveau Testament

Beaucoup pensent que le contenu des livres de la Bible est déterminé par un choix d’une communauté. La manière dont le choix est effectué peut varier beaucoup.

Ainsi, pour beaucoup il y avait des factions rivales au début du christianisme, chacune a choisi les livres qui reflétaient leur communauté et le canon que nous avons aujourd’hui reflète le choix des factions qui ont survécu aux autres. Cette idée a été popularisée par Dan Brown dans le Da Vinci Code, mais reflète une fraction des érudits du Nouveau Testament (Harnack, Bauer). Le canon du Nouveau Testament décrit simplement une liste de livres choisis par des hommes pour remplir certaines fonctions. Le canon de la Bible devient souvent un accident de l’histoire, quelque chose que Jésus n’avait pas envisagé et qui n’est pas essentiel au christianisme. Il n’est possible de parler de canon biblique que lorsque la liste de livres est suffisamment implantée dans la communauté chrétienne, donc à partir du 4ème siècle.

Pour d’autres, le texte de l’Écriture n’est pas la parole de Dieu en tant que telle. Elle est un témoignage à cette Parole. L’Écriture devient Parole de Dieu quand une rencontre avec Dieu se produit au travers du texte. Le canon de l’Écriture est l’ensemble des livres à travers lequel Dieu parle à son peuple. Dans cette catégorie, nous allons trouver Karl Barth qui pensait que les livres bibliques étaient les seuls que Dieu utilise pour rencontrer son peuple et conserve un canon fixe. Mais maintenant, un nombre de personnes grandissant pensent que Dieu ne se limite pas à la Bible, que la rencontre avec Dieu peut se passer sans référence avec le Jésus historique.

Si notre ami catholique croit en général quelque chose de bien différent que les écoles de pensées qui précèdent, il croit aussi que la communauté détermine le canon. L’autorité de l’Église Catholique se répartit en théorie entre le magistère (les personnes en autorité dans l’Église, le Pape en tête), la tradition et l’Écriture. Mais c’est le magistère qui définit ce qu’est l’Écriture et la tradition. Dieu a parlé et il agit de manière surnaturelle dans le magistère pour qu’il discerne la liste des livres qu’il a inspirés.  Au minimum, notre ami catholique pense que sans l’Église, le canon de la Bible ne peut pas être connu. Il peut même aller plus loin et dire que l’Église a créé le canon, c’est l’Église qui a écrit les livres du Nouveau Testament et le Nouveau Testament tire son autorité aussi de l’autorité de l’Église.

Les limites de ce modèle

Ce qui nous empêche souvent de réfléchir correctement est que nous restons fixés sur ce qui est visible, sur ce qui est dit mais que nous ne nous efforçons pas assez de regarder l’ensemble d’une situation, ce qui n’est pas visible immédiatement ou ce qui n’est pas dit.

Ainsi quand notre ami catholique nous parle de l’importance de l’Église pour comprendre ce qu’est le canon de la Bible, nous comprenons que l’Église est importante pour que nous puissions connaître le canon. Mais nous oublions qu’il y a d’autres éléments qui nous permettent de déterminer le canon. Le problème n’est pas tant que notre ami en appelle à l’Église pour déterminer son canon. Ce qui nous ennuie est qu’il parle comme si l’Église était le seul élément qui nous permet de connaître ce canon.

La chose primordiale qui est laissée de côté est le fait que le canon existe de lui-même, a une autorité en dehors de l’existence de l’Église. Avant l’existence de l’Église, il y avait déjà un canon : l’Ancien Testament. Une grande partie des livres inspirés étaient déjà reconnus par tous. Le Nouveau Testament nous montre des disputes sur l’interprétation des textes, pas sur les livres qui composent le canon. Sans aucune révélation extraordinaire de Dieu, sans aucun organisme qui existait pour donner la liste des livres qui devaient être reçus, les juifs s’en sortaient fort bien et les croyants du Nouveau Testament savaient quels livres ils devaient croire.

La Parole de Dieu devait être crue parce qu’elle était Parole de Dieu et pas parce que quelqu’un la déclarait telle. Ainsi, Jésus considérait que les juifs qui lisaient ou écoutaient la Torah entendaient Dieu lui-même :

Pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob ? Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants. (Mat 22.31-32)

Il ne faut pas oublier non plus le rôle des apôtres. Sans qu’aucun organe extérieur ne les valide, il était reconnu que les apôtres apportaient la Parole de Dieu (1 Th 2.13, Gal 1.1-24, 2 Pi 3.16). Jésus leur avait promis qu’il leur enverrait l’Esprit pour les conduire dans toute la vérité (Jn 16.13). En tant que témoins choisis par Dieu, ils avaient une autorité particulière (1 Jn 1.1-3), les rejeter signifiait rejeter Dieu (1 Jn 4.6).

Conclusion

La question du canon biblique est une question de première importance dans la compréhension et la défense de notre foi. Sous une forme ou une autre, nos amis nous demandent souvent : « Comment savez-vous que ce livre est inspiré de Dieu et pas un autre ? »

Le livre Canon Revisited de Michael J. Kruger nous apprend à pouvoir affirmer avec confiance que nous pouvons le savoir. Dieu nous a donné suffisamment d’éléments pour que nous puissions reconnaître sa voix.

Le livre nous donne un modèle pour défendre la liste de livres que nous possédons. Avant de nous exposer ce modèle, il nous rappelle deux familles de modèles souvent utilisées mais déficientes. La première famille de modèles affirme que c’est la communauté chrétienne qui a déterminé le canon biblique.

Cette famille de modèles péchera souvent dans ces deux domaines :

  1. Elle ne reflètera pas ce que la Bible déclare d’elle-même au sujet de son autorité.
  2. Elle oubliera le rôle primordiale et historique des apôtres.