Les Témoins de Jéhovah ont peut-être raison – Philippiens 2.6 dans son contexte

N’ayez pas peur, j’affirme toujours avec conviction que la Bible enseigne la divinité de Jésus, qu’il est le Jéhovah/Yahweh de l’Ancien Testament. Je pense sincèrement que les Témoins de Jéhovah se trompent sur le sens de Philippiens 2.8. Le titre de mon article a plutôt pour but de nous faire réfléchir sur une attitude néfaste que nous pouvons avoir. Parfois, nous avons une attitude qui s’approche plus du racisme ou du snobisme spirituel qu’une attitude qui recherche la vérité. Nous n’écoutons pas ce que nous dit l’autre, nous pensons dans notre coeur : « De toute façon, c’est un Témoin de Jéhovah (ou un athée, ou un Catholique…) donc il a tort. »

Notre attitude devrait être autre. Puisque nous savons que le péché obscurcit l’intelligence et qu’il y a du péché en nous, nous devrions considérer que les deux peuvent avoir tort. Ce n’est pas parce que quelqu’un est Témoins de Jéhovah (ou athée, ou Catholique…) qu’il a tort. Nous devons apprendre à écouter et comprendre l’autre. C’est seulement après que nous ayons fait l’effort de le comprendre que nous pouvons évaluer ce qu’il dit et déclarer qu’il a tort.

J’aimerais vous montrer un exemple de cette attitude au travers d’une étude de Phlippiens 2.6, plus particulièrement autour de la question : Que veut dire que Jésus « n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher » ?

Mais avant de faire cela, j’aimerais vous expliquer les différents bénéfices de cet article.

Quatre raisons de continuer à lire

Nous apprenons beaucoup par l’exemple. Nous avons appris à parler et à marcher par l’exemple, en voyant les autres faire autour de nous. Nous n’avons reçu aucun cours académique sur le langage ou la marche, mais en regardant et en écoutant ceux qui nous entourent parler et marcher. Cet article vous permettra de voir et donc d’apprendre par l’exemple :

  • comment écouter
  • comment lire un verset dans son contexte
  • comment se débrouiller quand on ne connaît pas le grec, l’hébreu et l’araméen mais que l’autre y fait appel

Gâteau sous la cerise, plus important que tout, nous nous rappellerons qui est Jésus : Dieu fait chair pour nous sauver. Voilà qui nous chauffera le coeur.

Commençons donc par écouter les témoins de Jéhovah.

Les témoins de Jéhovah ont peut-être raison : leur compréhension de Philippiens 2.6

Avant de regarder nos différences avec les témoins de Jéhovah, il peut être bon de regarder ce sur quoi nous sommes d’accord : l’expression « égalité avec Dieu » signifie être égal à Jéhovah/Yahweh, le Dieu de l’Ancien Testament. Notre désaccord vient sur notre compréhension de « considérer comme une proie à arracher ».  Nous avons cette base commune. Il est question d’égalité avec Dieu le créateur. Maintenant quel est notre désaccord ?

Nous croyons que « considérer comme une proie à arracher » signifie que Jésus était égal à Dieu, le Père. En tant que tel, il n’avait aucune obligation de lui obéir, aucun n’est supérieur à l’autre. S’il n’avait pas eu envie de se soumettre au Père pour nous sauver, nous n’aurions pu être sauvés. Mais il s’est abaissé, est devenu un serviteur du Père bien que son égal. Il ne s’est pas dit en lui-même : « Je suis égal au Père, je suis dans les lieux célestes et je n’y bouge pas. » Il ne s’est pas agrippé à son égalité avec Dieu, mais il y a renoncé pour obéir au Père qu’il aime.

Comment le Témoin de Jéhovah comprend-t-il ce verset ? Jésus n’était pas Dieu, il n’était pas égal avec Dieu. L’attitude humble de Jésus a été de ne pas vouloir saisir ce qui ne lui appartenait pas : la divinité. Contrairement à Adam et Eve, il ne s’est pas laissé séduire par le mensonge du serpent : « vous serez égal à Dieu ».

Jésus a-t-il renoncé à quelque chose qu’il avait ou n’a-t-il pas cherché quelque chose qu’il ne possédait pas, l’égalité avec Dieu ? C’est notre question.

Quel est l’argument des Témoins de Jéhovah ? L’expression grecque veut dire ce qu’ils affirment. Pour beaucoup d’entre nous, c’est un problème car nous n’avons pas de compréhension du grec du Nouveau Testament. Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous : si vous demandez à votre interlocuteur s’il comprend le grec, il vous répondra dans la très grande majorité des cas que ce n’est pas le cas.

Par contre, j’ai une mauvaise  nouvelle : si nous voulons être honnête, la tournure « considérer comme une proie à arracher » semble plus favoriser le Témoin de Jéhovah. Nous arrachons plus quelque chose que nous n’avons pas, que quelque chose que nous avons. L’admettre est une partie de l’attitude qui considère que l’autre a peut-être raison.

Que faisons-nous à partir de maintenant ? Il s’appuie sur le grec, aucun de nous ne le connaît mais le texte semble pencher plus de son côté. La prochaine étape est de regarder le plus de traductions possible. Beaucoup de traductions préfèrent « saisir » à « arracher ». Nous avons alors un texte plus neutre, un texte qui permet les deux interprétations. Pourquoi cela ? Quand nous regardons un ensemble de traductions, qu’un texte semble avoir un sens différent dans plusieurs traductions, c’est parce que la phrase pourrait avoir plusieurs sens. Pensez à cette phrase : « J’entends tirer, c’est la chasse. » Quel sens a-t-elle si vous êtes en forêt ? Quel sens a-t-elle si vous êtes derrière la porte des toilettes ? Le contexte change totalement le sens de cette phrase.

Cela veut dire que le Témoin de Jéhovah a peut-être raison… mais que j’ai aussi peut-être raison. En fait, il nous faut regarder le contexte de cette phrase pour savoir, en quelque sorte, si nous sommes en forêt ou derrière la porte des toilettes. C’est ce que nous allons faire en regardant le contexte de Philippiens 2.6.

Les témoins de Jéhovah ont tort : Phi 2.6 dans son contexte

Le contexte immédiat

Pourquoi Paul nous fait-il cette merveilleuse déclaration sur qui est Jésus ? Parce qu’il nous demande d’imiter Jésus (Phi 2.5). Comment le faisons-nous ? En regardant l’autre comme étant au-dessus de nous-même et en considérant ses intérêts comme supérieurs aux nôtres (Phi 2.3-4).

Pourquoi devons-nous faire cela ? Parce que chacun des autres hommes est supérieur à nous ? Ou devons-nous le faire bien que chaque homme soit égal à nous ? Que veut dire dans le contexte de ma relation avec les autres hommes de ne pas saisir mon égalité avec eux comme une proie à arracher ? Il est évident que cela veut dire que je suis leur égal mais que je dois quand même apprendre à me soumettre à eux. Si les témoins de Jéhovah avaient raison, la relation entre Jésus et Dieu ne pourrait jamais être un exemple de notre relation avec les autres hommes.

Mais il y a aussi un autre contexte important, le contexte de la Bible.

Le contexte dans la Bible

Le passage que nous étudions cite Esaïe 45.23 (Phi 2.10-11). Il est important de regarder ce que nous enseigne ce verset pour comprendre notre passage de Philippiens 2. Mais avant de le faire j’aimerais vous faire remarquer une chose à côté de laquelle nous passons souvent. Le passage nous dit que l’obéissance de Jésus lui a fait gagner un nom, il mérite un nom à cause de son obéissance. Quel est ce nom ? Une chose est sûre, ce nom n’est pas le nom de Jésus. Jésus est son nom de naissance, il n’est pas le résultat de son obéissance. Il s’appelle Jésus parce qu’il va sauver son peuple de son péché (Mt 1.21). Le nom n’est pas lié à son obéissance. Quel est donc le nom que Jésus a gagné ? Quel est ce nom devant lequel tout genou pliera ? Maintenant, nous pouvons regarder Esaïe 45.34 :

Je le jure par moi-même, La vérité sort de ma bouche et ma parole ne sera point révoquée : Tout genou fléchira devant moi, Toute langue jurera par moi. En Yahweh/Jéhovah seul, me dira-t-on, résident la justice et la force ; À lui viendront, pour être confondus, Tous ceux qui étaient irrités contre lui. Par Yahveh/Jehovah seront justifiés et glorifiés Tous les descendants d’Israël. (Es 45.23-25)

Avez-vous vu quel est le nom auprès duquel tout genou doit fléchir ? Celui de Jéhovah. Maintenant, j’aimerais faire quelque chose avec Philippiens 2. J’aimerais appliquer une règle que les Témoins de Jéhovah appliquent dans tout le Nouveau Testament. Le même mot grec peut vouloir dire « Seigneur » ou « Jéhovah » selon le contexte. Quand le contexte le permet, notamment lorsqu’il y a des citations de l’Ancien Testament, les Témoins de Jéhovah traduisent ce mot par « Jéhovah » et ne laissent pas le mot « Seigneur ». C’est compréhensible et je tends à trouver que cela est même mieux, appliquons cela à Philippiens 2.9-11 :

C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Jéhovah, à la gloire de Dieu le Père. (Phi 2.9-11)

Quel est donc le nom donné à Jésus à cause de son obéissance ? Jéhovah, le nom de Dieu. N’importe qui familier avec l’Ancien Testament ne peut que s’émerveiller que le nom de Jéhovah soit donné à un homme.

Si vous êtes Témoins de Jéhovah, répondez à cette question : Pourquoi changez-vous votre règle de traduction, celle dont vous êtes fiers, pour ce verset ? Si un ami Témoin de Jéhovah vous parle avec fierté de comment les Témoins de Jéhovah ont remis le nom de Jéhovah dans le texte du Nouveau Testament, demandez-lui pourquoi ils ne le font pas dans ce verset. Serait-ce parce qu’il enseigne alors exactement ce que les témoins de Jéhovah combattent ?

Il est donc clair que le contexte du verset ainsi que le contexte de la Bible nous imposent de comprendre que Jésus est Jéhovah. Les témoins de Jéhovah lui rendent donc un mauvais témoignage. Mais notre but dans tout cela n’est pas d’être heureux d’avoir raison. Notre but est de nous émerveiller sur l’humilité de Jésus, adorer notre Dieu et être transformé profondément par cette adoration.

Conclusion : être transformé par l’adoration que provoque l’exemple de Jésus

Que nous apprend ce passage ? Il nous apprend que le Fils de Dieu, celui qui est l’égal du Père, s’est fait homme, simple serviteur du Père alors que rien ne l’y obligeait. Il aurait eu le droit de ne rien faire et cela n’aurait pas été immoral… et nous serions morts dans nos péchés. Mais le Fils n’a pas considéré cette égalité comme quelque chose à laquelle s’agripper, mais il y a renoncé pour servir le Père. Ce faisant, il a gagné en tant qu’homme, un nom qui était le sien en tant que Dieu, le nom de Yahweh/Jehovah. Il a mérité ce qui était à lui. Quelle différence avec nous qui considérons que tout nous est dû, qui nous accrochons à tout comme si c’était notre droit et qui nous écrions si souvent : Ce n’est pas à moi à faire cela. Ce n’était pas à Jésus de faire cela, de venir en simple serviteur, mais il l’a fait, dans notre intérêt.

Que nous adorions le Christ pour cela et surtout que nous ayons en nous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ lequel :

existant en forme de Dieu, il n’a point regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et il a paru comme un vrai homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus -Christ est Yahweh, à la gloire de Dieu le Père. (Phi 2.6-11)

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