L’intimité normale du chrétien avec Dieu : pleurer devant lui

Depuis quelques semaines nous réfléchissons sur notre intimité avec Dieu, comment se manifeste l’intimité du chrétien avec Dieu. Beaucoup ont malheureusement une définition de cette intimité avec Dieu qui n’a rien à voir avec le christianisme. Beaucoup limitent l’intimité avec Dieu à des sensations extraordinairement agréables que nous aurions quand nous prions, lisons la Bible, ou faisons une autre activité soi-disant spirituelle.

Mais la Bible nous décrit l’intimité avec Dieu différemment. Ainsi, notre intimité avec Dieu est avant tout un combat pour saisir la justice que Jésus nous donne par la foi. Cette intimité est le résultat d’une union avec Christ que le Saint-Esprit crée et qui est agissante par la foi.

Cette union ne se manifeste pas que par des sensations agréables, cette union se manifeste aussi par des pleurs.

Lorsque Paul écrit à l’Église de Rome qu’il n’a pas fondée et qu’il ne connaît que de réputation, il présuppose que les chrétiens sur place souffrent.

Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, Paul nous dit que le chrétien pleure parce qu’il est enfant de Dieu et parce qu’il est uni à Christ. De plus, il pleurera jusqu’au retour de Christ.

La vie chrétienne est une vie qui connaît de grandes joies, mais elle est aussi une vie de pleurs.

Nous pleurons parce que nous sommes enfants de Dieu

Et vous n’avez point reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui. (Rom 8.15-17)

De temps à autre, nous lisons un verset que nous pensons connaître, et puis son sens plus profond nous saute aux yeux. Nous nous disons : « Je n’avais jamais vraiment compris ce que ce texte disait ! »

J’ai eu cette expérience avec ce verset. J’ai lu une bonne dizaine d’années ce verset sans me rendre compte de ce que l’Esprit nous faisait faire. Lorsque je lisais ce verset, dans ma tête, je pensais qu’il nous représentait comme un petit enfant rassuré dans les bras de son père. L’Esprit nous faisait dire « Papa » à Dieu. Mais l’Esprit ne nous fait pas dire « Papa ». Il nous fait crier « Papa ».

Pourquoi cela ? Parce que nous souffrons. La suite du passage nous explique que nous soupirons, la création tout entière soupire, et l’Esprit même soupire à cause des souffrances du monde présent (Rom 8.18-27). En fait, la souffrance est telle que nous ne savons pas quoi prier et que l’Esprit exprime nos soupirs par des soupirs inexprimables (Rom 8.26-27).

L’Esprit de Dieu a fait de nous des enfants de Dieu. Puisque nous sommes enfants, que faisons-nous face à la souffrance qui nous entoure ? Nous crions à Dieu, nous soupirons, nous pleurons.

Notre foi ne devrait-elle pas nous rendre plutôt insensible au monde qui nous entoure, nous rendre capable de supporter facilement la souffrance qui nous entoure ? Certains essaient de nous faire croire cela, mais nous sommes là très loin de ce que la Bible enseigne.

Il est impossible que nous soyons indifférents si nous sommes chrétiens. En effet, si nous sommes chrétiens nous sommes transformés à l’image de Christ, son caractère se forme en nous. Ce qui l’attriste nous attriste, ce qui le fait souffrir nous fait souffrir. En fait, ces souffrances qui nous font crier à Dieu ne sont pas vraiment nos souffrances, mais les souffrances de Christ.

Nous pleurons parce que nous sommes unis à Christ

Le verset 17 est clair : si nous sommes enfants de Dieu nous souffrons. Nous sommes héritiers de Christ et allons hériter avec lui, mais d’abord nous devons souffrir avec lui.

Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui. (Rom 8.17)

Christ en ce moment souffre. Bien sûr, ce ne sont plus des souffrances qui vont expier notre péché comme les souffrances de la croix. La suite du passage nous fait comprendre que ce sont des souffrances de compassion. Le monde autour de nous, toute cette création, subit les conséquences du péché à cause de la faute d’Adam.

Christ n’est pas indifférent, christ souffre pour cela. Lorsque Lazarre est mort, Christ n’est pas resté stoïque en se disant : « Ce n’est pas grave, je vais le ressusciter. » Il a pleuré (Jean 11). Or nous sommes appelés à être transformé à l’image de Jésus (Rom 8.29). La mort et les autres conséquences du péché vont nous faire mal car elles font mal à Christ.

Nous attendons avec impatience la fin de cette transformation quand le monde qui nous entoure sera libéré du péché, quand nous serons libérés du péché et de toutes ses conséquences (Rom 8.19-21). Mais avant la gloire, il y a les souffrances. Christ souffre pour le monde actuel, nous qui sommes rendus conforme à lui souffrons aussi. Nous ne pouvons pas être glorifiés avec Christ si nous ne souffrons pas avec Christ.

Nous pleurons jusqu’au retour de Christ

Nous soupirons, la création soupire, le Saint-Esprit soupire. Le monde souffre, nous souffrons à cause de cette souffrance. Nous souffrons parce que les conséquences du péché nous affectent, affectent nos proches et affectent le reste de l’humanité et de la création.

Mais nous avons une espérance. Nous allons être sauvés de cette souffrance, nous attendons un temps meilleur. Les douleurs que nous voyons sont comme les douleurs d’une femme en train d’accoucher (Rom 8.22). Cela fait très mal, mais il y a le bonheur d’avoir un enfant après.

La création qui souffre attend l’accouchement, atttend que l’enfant naisse, ou plutôt attend que les enfants naissent. Le texte  présente chacun de ceux qui croient en Christ, chacun des enfants de Dieu, chacun de ceux qui crient à Dieu « Père », comme un fils qui va être révélé. Pour le moment, nous sommes enfants de Dieu mais ça ne se voit pas. Mais au jour que Dieu a décidé, quand Christ reviendra, il sera évident que nous sommes enfants de Dieu. Notre ressemblance avec Jésus sera parfaite.

La création attend même cela avec impatience car son sort est lié au notre. Quand Adam a péché, elle a été tout entière soumise à la vanité, à la futilité que causent le péché et la mort. Quand notre salut sera rendu visible par Jésus, lorsque nous seront totalement libérés de la mort, alors la création sera rétablie et glorifiée avec nous. Elle aura atteint son plein potentiel comme nous.

Nous pleurons, mais nous espérons

A cause de cela, nous attendons en espérant. Nous ne voyons pas encore le monde tel qu’il sera. Nous avons même du mal à l’imaginer. Comment imaginer un monde sans souffrance, sans péché alors que tout ce qui nous entoure est teinté par le péché et la souffrance ?

Mais ce monde existe. La création sera libérée des conséquences du péché et nous en serons libérés aussi. C’est ce qui permet que notre souffrance et nos pleurs ne nous amènent pas au suicide. Dieu nous a donné Christ et avec lui il nous donnera toute chose y compris un monde où la justice règne et où la mort ne sera plus.

Si nous souffrons avec Christ maintenant, nous aurons part à ce monde lorsque Jésus reviendra et installera son règne. Alors nous n’abandonnons pas, nous persévérons car l’espérance nous porte :

Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. Et ce n’est pas elle seulement mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. (Rom 8.22-25)