Mes brebis entendent ma voix

Pourquoi ces livres et pas d’autres dans notre Bible ? Pourquoi Dieu ne parlerait-il pas par d’autres ouvrages ? Plus précisément : Comment pouvons-nous établir la liste des livres canoniques, la liste des livres par lesquels Dieu parle ?

Nous nous aidons de l’ouvrage Canon Revisited de Michaël J. Kruger pour répondre à cette question.

Nous avons vu précédemment (ici et ) qu’il y a un danger de saboter nous-même notre entreprise : ceux qui s’appellent eux-mêmes chrétiens ont parfois une approche totalement subjective pour déterminer le canon biblique. Si l’histoire ou la communauté chrétienne détermine le canon, alors nous courons le danger de faire un canon à notre image.

Surtout, si nous disons que des paramètres historiques ou une communauté déterminent le canon biblique, nous montrons alors que nous avons foi en ces paramètres historiques ou cette communauté. C’est ainsi que l’Église catholique romaine détermine l’étendue du canon et le sens de chaque livre. C’est ainsi aussi que certains retirent du canon divin toute phrase qui ne colle pas avec leur conception de la moralité ou de ce que devrait enseigner la Bible.

Si nous nous disons protestants, si nous nous affirmons évangéliques, si donc nous croyons à un salut qui s’obtient par la grâce de Dieu seule, au moyen de la seule foi en Jésus seul tel que défini par l’Écriture seule à la gloire de Dieu seul, nous devons rejeter ces modèles pour prendre en compte un modèle qui soit totalement guidé par l’Écriture pour reconnaître l’Écriture.

Est-ce un raisonnement circulaire ?

Lorsque nous disons cela, nous sommes souvent ridiculisés pour deux raisons :

  • Certains comprennent que nous disons que nous devons croire que la Bible est la Parole de Dieu parce qu’elle dit qu’elle est la Parole de Dieu. Nous serions alors illogiques de ne pas aussi accepter le Coran ou tout autre écrit religieux qui se dirait inspiré.
  • D’autres disent que notre argument est circulaire : nous nous servons de la Bible pour prouver que la Bible est inspirée. En fait, nous affirmons déjà ce que nous croyons pour le prouver.

En ce qui concerne la première objection, il suffit pour le moment de dire que la personne qui la soulève ne comprend pas ce que nous disons. Nous nous expliquerons plus longuement dans notre prochain point et dans les semaines suivantes, au fur et à mesure que nous résumerons Canon Revisited.

Le second argument est plus cohérent. Autant le dire tout de suite : il est vrai que notre argument est circulaire. Mais est-ce mal ou est-il faux pour cela ? Non, car c’est inévitable lorsque nous essayons de prouver la fondation ultime de notre connaissance.

Supposons que vous essayez de prouver que nous ne pouvons connaître quelque chose qu’au travers de nos 5 sens. Si vous faites appel à autre chose que vos 5 sens pour le prouver, vous avez un problème. En effet, vous pensiez que vous ne pouviez rien connaître sans vos 5 sens, mais vous êtes arrivés à cette conclusion par autre chose que vos 5 sens. La véritable fondation de votre connaissance n’est donc pas vos 5 sens, mais l’élément que vous avez utilisé pour prouver que nous pouvons nous fier à nos sens.

Si donc nous affirmions que nous croyons que la Bible est le seul fondement de notre foi mais que nous utilisions autre chose que la Bible pour le prouver, nous aurions prouvé que nous avions tort. La Bible doit donc nous fournir directement ou indirectement le moyen de connaître les livres que Dieu a inspirés.

Puisqu’elle ne nous les fournit pas directement, par exemple par une table des matières qui serait inspirée de Dieu, elle doit nous permettre de le découvrir indirectement.

Bien entendu, si le fait que la Bible se dise inspirée est important, cet élément ne peut pas être le seul que nous prenons en compte. Car tout faux prophète se dit inspiré aussi. Il nous faut donc d’autres éléments.

Michaël Kruger nous donne donc les trois éléments qu’il nous faut prendre en compte pour déterminer l’inspiration d’un livre, des éléments qui sont déduits de l’enseignement de la Bible, pas simplement de nos préférences personnelles. Nous allons les présenter rapidement, nous les étudierons plus en détail par la suite.

Les trois guides pour déterminer le canon

Avant de lister les éléments, je rappelle que Canon Revisited s’intéresse à la question du canon du Nouveau Testament. Pour pouvoir connaître le canon de toute la Bible, il suffit d’étendre le troisième point et d’y inclure aussi l’activité des prophètes de l’Ancien Testament.

  1. La providence divine fait que l’Église est exposée aux livres du canon. Cela semble évident, mais l’Église ne peut pas reconnaître qu’un livre fait partie du canon si elle n’a pas ce livre. Certaines paroles inspirées ne font pas partie de la Bible. Les apôtres ont écrit d’autres lettres qui portent leur autorité et l’autorité de Dieu. Mais comme l’Église dans son ensemble n’a pas eu accès à ces lettres, elles ne sont pas canoniques.
  2. Le livre doit porter les éléments d’un livre du canon : le contenu porte la marque de fabrique de Dieu, l’Église reconnaît ce livre comme venant de Dieu et il est le résultat de l’activité des apôtres. L’activité de Dieu au travers des apôtres et de ceux qui leur sont proches laisse des marques sur le contenu du livre, et à cause de cela l’Église le reconnaît.
  3. Enfin, l’activité du Saint-Esprit renverse l’effet du péché sur notre intelligence afin que nous puissions croire en ces livres. Le péché corrompt le raisonnement de l’homme. C’est pour cela que nos contemporains ne croient pas la Bible. Le Saint-Esprit crée la foi qu’il nous manque pour que nous puissions croire.

Ces trois éléments doivent tous être présents pour qu’un livre puisse être reconnu comme canonique. Ainsi, si j’enseigne le contenu de la Bible et que le Saint-Esprit agit pour que quelqu’un croit ce que je dis, mon enseignement n’est pas à intégrer dans la Bible. En effet, je n’ai aucun lien avec les apôtres. De la même manière, chaque élément est important pour déterminer le canon mais ne suffit pas, il lui faut les autres éléments listés.

Ce que cela change

Contrairement aux modèles que nous avons étudiés précédemment, il n’y a plus aucune place au subjectivisme. Ce n’est même pas mon évaluation qui me permet de connaître le canon, mais l’œuvre de l’Esprit. Le modèle permet aussi de prendre en compte autant l’importance des apôtres que l’Église. Les modèles précédents privilégiaient toujours l’un à l’autre.

Nous verrons les prochaines fois que ce modèle permet aussi de répondre aux principales objections qui sont faites à l’utilisation de l’Écriture seule en matière de foi et de pratiques. Je pense notamment au fait qu’il puisse y avoir des différences entre les confessions chrétiennes sur le choix de certains livres ou sur l’idée que l’Église aurait laissé de côté certains livres qui seraient tout autant inspirés (Évangile de Juda, Évangile de l’enfance de Matthieu, Évangile de Philippe).