Un demi-commandement oublié

Les dix commandements ont la vie dur. Autrefois, cela faisait partie, avec le Notre Père, de la culture générale de chaque chrétien. En fait, ils étaient appris depuis le plus jeune âge. Pourtant, nous n’en parlons pratiquement plus et la plupart des membres de nos Églises sont incapables de les nommer, même dans le désordre.

Mais si tous les commandements sont oubliés, il en est un qui souffre particulièrement : le quatrième. Nous n’en parlons que dans le cadre des débats sur le Sabbat. Dans le meilleur des cas, c’est pour savoir si nous devons l’observer le dimanche ou le samedi ; dans le pire des cas, c’est pour affirmer que nous ne devrions même pas y prêter attention.

Mais quelque chose semble totalement être oublié. Ce commandement ne dit pas : « Tu te reposeras le 7ème jour » mais « Tu travailleras 6 jours et tu te reposeras le 7ème ». La première partie du commandement, cet ordre de travailler 6 jours, n’est même plus mentionné.

Le but de cet article n’est donc pas de rentrer dans le débat sur la nature du Sabbat, ce que nous devons y faire. J’ai traité le sujet du sabbat ailleurs. Le but est de réfléchir sur ce que veut dire travailler 6 jours. A l’heure de la semaine de 35h et du sacro-saint week-end, il en est bien besoin.

Cela est d’autant plus important que beaucoup de chrétiens se croient inutiles parce qu’ils n’ont pas compris ce qu’est le travail. Sans le savoir, ils font ce que Dieu attend d’eux mais ils souffrent parce qu’ils pensent ne pas faire assez. Bien entendu, comprendre le travail est important car il y a aussi beaucoup d’entre nous qui ne travaillons pas mais qui pensons avoir une vie qui plaît à Dieu.

Commençons par enlever une idée reçue.

Travailler 6 jours ne veut pas dire avoir un travail rémunéré 6 jours

Lorsque nous pensons au travail, nous pensons généralement au fait d’être rémunéré pour un travail que nous faisons pour quelqu’un d’autre. Nous pensons par exemple au fait d’être boulanger, de travailler dans un bureau, de tenir un commerce. Le principe est que nous faisons quelque chose pour quelqu’un, un patron ou un client, et celui-ci nous rémunère pour le service que nous avons rendu.

Cela est compris dans le quatrième commandement, mais travailler 6 jours ne se limite pas à cela. Sinon, les enfants seraient incapable d’y obéir. La loi les en empêche mais dans leur plus jeune âge, ils en sont incapables. De même, à la fin de la vie, la loi nous obligerait à arrêter de travailler et de toute manière nos capacités physiques déclinantes nous rendent de moins en moins capables de le faire.

Nous pourrions aussi penser au chômeur ou dans une autre catégorie toutes les personnes qui sont malades ou handicapées. Si ce commandement signifiait que nous devons travailler 6 jours pour gagner notre vie, ils se retrouveraient dans l’incapacité d’y obéir.

La notion de travail rémunéré est importante, elle fait bien partie du travail que Dieu nous demande, mais elle est trop limitée. Il faut donc l’élargir.

Travailler, c’est servir Dieu en servant les hommes

La définition que nous venons de voir est limitée pour deux raisons :

  1. Elle enlève Dieu de l’équation
  2. Elle ne considère qu’il y a travail que si de l’argent est échangé

Mais le commandement de travailler 6 jours est un commandement qui vient de Dieu. C’est lui qui ordonne ; si notre définition du travail ne fait pas référence à lui, il y a un problème.

Travailler ce n’est pas seulement servir les hommes. Travailler, c’est servir Dieu en servant les hommes. Dieu nous a créé dépendants les uns des autres mais il n’a pas besoin de nous. Il n’y a rien que nous puissions faire qui va apporter quelque chose à Dieu. Dieu se satisfait lui-même. Nous ne pouvons rien lui apporter.

Par contre, aucun de nous n’est Dieu, aucun de nous n’est indépendant. Nous dépendons tous les uns des autres. Dieu nous a créés pour que nous nous servions les uns les autres. Plus précisément, il nous a créés pour que nous le servions en servant les autres.

Lorsque nous prions « donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien », nous ne nous attendons pas à ce que des corbeaux nous amènent notre nourriture ni à ce que notre pain apparaisse devant nos yeux. Mais nous reconnaissons que notre nourriture est donnée par Dieu, non pas directement, mais par l’intermédiaire de la création et particulièrement de nos frères humains.

Dieu me donne mon pain au travers de la nature qui produit le blé, l’eau, la levure et le sel. Il me donne mon pain au travers de l’agriculteur qui cultive le blé, du boulanger qui pétrit son pain et le fait cuire et de la personne qui va me vendre le pain en caisse à la boulangerie. Tout ce que je possède est un don de Dieu qu’il crée dans la nature et qu’il me rend accessible au travers des autres hommes.

De la même manière, Dieu a choisi qu’il confierait la justice sur cette terre aux hommes (Ge 9.5-6, Ro 13.1-4, 1 Pi 2.14) . Ainsi, nos juges sont serviteurs de Dieu pour établir le droit.

Ce principe est tellement bien établi que Dieu est devenu homme en Christ pour servir les autres hommes.

Ce même principe s’applique à toute la vie, à toutes nos relations : Dieu ne prend pas soin directement de chaque enfant, mais il les confie à des parents. Dieu ne s’occupe pas directement de chaque pauvre, mais il nous demande à tous de prendre soin d’eux.

Ainsi, chaque chose que nous faisons en obéissance à Dieu, rémunéré ou pas, est un travail. Cela rend chaque tâche que nous faisons importante et sacrée, car c’est une charge que Dieu nous confie.

Renouveler notre dignité en retrouvant la valeur du travail

Lors d’une de nos études bibliques, une dame qui avait l’impression de ne rien faire pour Dieu s’est rendue compte qu’elle faisait beaucoup pour Dieu. Elle est retraitée, n’a plus d’activité professionnelle et aux yeux de la société, ne travaille pas. Aux yeux des économistes, elle est peut-être considérée comme un problème : elle ne produit pas mais coûte une retraite et des aides sociales.

Mais aux yeux de Dieu, elle fait un travail important auprès de sa famille et de ses amis. Elle est un pilier dans sa famille, pour ses enfants et petits-enfants. Elle apporte des conseils inspirés par la sagesse qu’elle a acquise pendant toute sa vie. Elle rend un nombre de services incalculables en s’occupant des petits-enfants. Elle est aussi une source de stabilité et d’encouragement pour plusieurs autour d’elle. Elle sert aussi les siens en priant constamment pour eux.

Ainsi, si nous exceptons les œuvres immorales (prostitution, assassinat, avortement, vol, escroquerie), tout ce que nous faisons pour les autres est un service pour Dieu et a une dignité intrinsèque. Nous pouvons parfois dédaigner les femmes de ménage ou les éboueurs. Mais ils font un travail qui sert Dieu.

Même si vous êtes au chômage, vous pouvez donc servir Dieu. Il vous suffit de regarder autour de vous et voir comment vous pouvez aider les autres même dans les tâches qui ne sont pas rémunérées.

J’aimerais conclure en vous appelant à repenser à votre week-end, plus particulièrement à votre samedi. Je ne veux surtout pas dire que personne n’a besoin de repos. Pour beaucoup, prendre un temps pour souffler est important. De plus, beaucoup de choses que nous faisons le samedi servent pour accomplir d’autres tâches que Dieu demande. Ainsi, si je fais les courses, je vais pouvoir avec ces courses nourrir ma famille et donc travailler.

Je vous invite donc à regarder votre samedi autrement. Au lieu de penser ce que vous pouvez faire pour vous le samedi, pensez à ce que vous pouvez faire pour les autres, comment vous pouvez servir Dieu en servant les hommes. Peut-être que vous ne changerez aucune activité, mais chaque activité que vous ferez gagnera en importance et en dignité.